Slack!Slack!

Salut. Ca va ?

Give it a go. Give it a go.

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On ne sort jamais de chez soi

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On ne sort jamais de chez soi, si ce n’est les pieds devant. J’ai souvent réfléchi à une façon de me préoccuper de ce qui est dehors. L’autre. L’infâme autre. L’autre, le pauvre. Comme je le plains ! L’autre qui meurt, l’autre qui a faim. L’autre qui n’est pas vraiment d’accord avec moi. J’ai fait de mon mieux pour lui accorder plus d’attention qu’à mon paquet de cigarettes. Tiens, je n’en ai plus que cinq. Penser à sortir de ma chambre, un de ces jours. Arrêtez d’y croire, vous autres. Vous êtes seuls. Je ne daigne remarquer votre présence que lorsque vous êtes en mesure de m’aider. « Il n’y a pas d’amis desquels je n’ai trahi la confiance. »

Parfois je lui accorde un peu trop de crédit. Je lui demande la permission d’être parfait. Pour une fois je l’écoute, je tends l’oreille. Je tente d’entrevoir ce qu’il y a de moi dans la parole de l’autre. Dans le meilleur des cas, je me félicite de ses félicitations tout en gardant à l’esprit qu’il n’a rien compris. Dans le pire c’est pareil. Ils le sentent, les autres. Il faut savoir que j’en impose. Je poursuis la triste chimère de rencontrer quelqu’un qui soit digne de moi. Pour qu’il me dise : « allez-y. » Même mon meilleur ami, qui s’y est essayé, échoua à cet impossible exercice. Il m’arrive de croiser des cousins, les épaules voûtées de clairvoyance, et les paupières tombantes sous un regard empreint de défi. Je les approche avec un air intrigué, me frotte à eux pour observer leur réaction. Il n’en ont pas. Alors je les accuse d’égoïsme. Je n’aime pas leur façon de garder leur secret en haussant les épaules. Vous non plus, vous ne comprenez pas.

Le problème des autres, c’est qu’ils posent des problèmes. Je les observe, je les renifle. J’essaie de comprendre pourquoi je devrais y porter mon attention plus longtemps. Parfois, quand je suis tristement lucide comme un matin gris, j’admets que le problème est problématique. J’en arrive à constater ses congénères. Bonjour, problème, tiens, tu es venu accompagné ? Alors bonjour, bonjour, café ? Un monde de problèmes envahit alors mon esprit. Puis je fouille dans ma poche, et je trouve un paquet de cigarettes dans lequel il n’en reste plus que cinq. Je n’en ai plus que cinq. Je demande congé à la légion problématique pour envisager un passage chez le marchand de cigarettes. En chemin vers le marchand, je repense à la tribu curieuse qui réclamait mon attention. Elle était populeuse déjà, et beaucoup manquaient encore à l’appel. Mon problème, c’est que j’ai la solution sous la main, et qu’elle ressemble beaucoup à une boîte de cachets et une bouteille d’alcool. Mon problème, c’est qu’il me faut un paquet de cigarettes. Concentrons-nous sur celui-ci. Il est encore meilleur pour la santé. Quant à vous autres, les autres, choisissez le vôtre et fichez-moi la paix. Moi je vais m’acheter des cigarettes.

On ne sort jamais de chez soi, si ce n’est pour acheter des cigarettes.

Heaven Is A Truck

L’éden est un camion. Demande au chauffeur, j’ai besoin qu’on me dépose, j’ai besoin qu’on me libère.

C’est un instantané assez classique finalement. On pourrait presque appeler ça un cliché.

Ce genre de moment où on marche péniblement au bord de la route et qu’il commence à pleuvoir. Un grondement dans le dos. Le pouce se tend machinalement vers le centre de la route. Le grondement se rapproche. S’amplifie. S’alourdit. Dépasse le pouce. Ralentit, freine. Le pouce, qui encore quelques secondes plus tôt pestait contre le climat, bondit de joie et se referme sur le poing. Il avance en courant, grimpe, et tout est fini. Tout est pour le mieux. Il y a un toit, un type à côté et une playmate à poil derrière.

Vrrrrrr.

– Tu vas où ?

– Je sais pas, vous allez où ?

– Par là.

– Oui voilà, par là. C’est bien.

Vrrrrrrrr.

– Je vais tourner là.

– Oui, ça me va.

– Tiens, il s’est arrêté de pleuvoir.

Vrrrrrrr.

Entre les gouttes sur le pare-brise et les seins siliconés de miss janvier, la paix. L’engin surplombe la route au rythme de l’essuie glace. Ca sent un peu la transpiration, un peu le sapin jaune accroché là haut. Le chauffeur s’excuse de sa générosité en invoquant la pluie. Le passager sourit, rassuré d’avoir à côté de lui un type comme les autres, qui se démerde avec son égoïsme. Il se sent un peu élu. Ce genre de moment con où on sait très bien que ça ne sert à rien de s’échanger nos prénoms. Le passager demande quand même, pour avoir un mot de plus à raconter quand il descendra du camion pour aller voir ses amis. Ils lui demanderont s’il s’est coupé les cheveux, il répondra qu’il les a juste lavés. Ils comprendront.

Ca ressemble à une scène banale de road movie, mais ça résume beaucoup de choses, cette histoire de camion. Ca explique pourquoi autant de road movies existent, mais pas pourquoi aussi peu de camions s’arrêtent dans la vraie vie. Ce serait bien de croiser des camions à chaque fois qu’il pleut. Mais ce n’est pas le cas. C’est dommage. L’éden est un camion. Et il pleut souvent. Alors en absence de camion, on prend une guitare mal accordée et on chante que l’éden est un camion. Et ça va un petit peu mieux, quelque part entre la réalité en forme de caniveau et le rêve en forme de Pavement. Sacrée rustine grinçante.

How You Doin’

Il m’arrive d’essayer de faire de la musique. Oui. C’est sur vous que ça tombe. C’est trop tard. Vous avez accepté le job. Il faut aller jusqu’au bout maintenant.

Des borgnes et des claviers

Il faut savoir que mon clavier est minuscule. Pas pratique du tout : les doigts chevauchent plusieurs touches, et quand ils ne frappent pas en plein centre de la cible, la lettre ne s’inscrit pas. Comment voulez-vous écrire un chef-d’œuvre dans ces conditions ?

 

Il a donc fallu que j’aille en acheter un, de clavier. J’avais oublié qu’aujourd’hui, on est vendredi et que là où je me trouve, le vendredi, peu de gens travaillent, en tout cas pas les vendeurs de clavier. J’ai donc fait le trajet pour rien. Au bord de la route, les gens restaient à l’arrêt, par petits groupes. Un homme, assis sur une chaise en plein milieu de la chaussée, le nez en sang, entouré de quelques personnes et d’un policier. Ah. D’autres grappes de gens, des policiers à l’arrêt aux carrefours, entre les carrefours, parfois dos à la route.

Moi je marchais en zig zag, évitant de croiser les regards, traversant timidement dans le dos des agents, vérifiant que mes papiers se trouvent bien dans ma poche gauche. Le vendeur de claviers est fermé. Je rebrousse chemin en suffoquant. Il fait gris et lourd aujourd’hui. La tête basse, je rentre vers chez moi, mon domicile Monsieur l’agent, pardon. Je remarque à côté de moi un bonhomme en civil avec une petite oreillette. Je fais bien attention d’attendre le feu rouge pour traverser. C’est un peu con quand même. Il devait s’en foutre le type à l’oreillette.

Peu avant d’arriver j’ai passé la tête par une petite échoppe. Un emballage de clavier poussiéreux était suspendu au plafond. Moyennant l’équivalent de six euros j’ai fait l’acquisition d’un clavier avec des symboles étranges et une touche « * » à la place de la touche « enter ». Un clavier étoilé. Ca me rappelle ce pianiste de la Nouvelle Orléans. James Booker. Grosse coupe afro, borgne, avec une étoile sur l’oeil invalide. Sourire, voix improbable. Deux influences majeures : Chopin et Ray Charles.

Un borgne. Hier, un patron de bar m’a parlé après m’avoir payé un verre. Il s’appelait Alimi, il avait un blouson en jean, des petites lunettes rondes et des cheveux gris rabattus vers l’arrière. Il avait l’air malin. C’était un petit bar rouge sombre, une sorte de terrier de blaireau, avec tout le respect que je lui dois. C’est noble, un blaireau. Le bar est caché derrière une grille de fer forgé pleine de courbe. Derrière,on aperçoit un carrefour infernal bourré de mobylettes et de klaxons. Mais depuis le terrier, on observe la jungle avec indifférence, presque avec amusement. La serveuse s’était mis en tête de passer de la musique latino-américaine, dont « Bamba », vous savez, avec le gros chanteur. Cette chanson est passée au moins trois fois dans la même soirée. Je ne m’explique pas la fascination que la « Bamba » obèse opérait sur la serveuse. J’ai été un peu attristé de penser que je n’étais probablement pas son type. Je me suis demandé si ça vaudrait le coup de devenir gros pour cette jolie fille. Je me pose encore la question.

Le patron m’a demandé quels étaient mes projets de carrière. Je lui ai répondu qu’il était trop tôt et que j’étais trop sobre pour en parler. Il m’a alors pris à partie, s’est rapproché comme pour me confier une histoire secrète. A ne pas répéter. Le pauvre. S’il savait…

« J’ai un cousin qui est aussi un très bon ami, il est dans l’optique. Un costaud. Il devait voyager, alors il m’a donné son chien à garder. Un berger allemand avec deux sacs de croquettes. Depuis, plus de nouvelles. Un jour je suis allé chez lui et j’ai donné une lettre au concierge pour qu’il la donne à mon cousin. Le même jour il m’appelle. Il avait une voix très fatiguée, très malade, tu sais. Il a une paralysie au visage. Il voulait pas me le dire. »

J’ai hoché la tête, essayé de comprendre ce qu’il voulait me dire en me parlant de son opticien paralysé. Je me suis demandé si, comme tous les opticiens dans leurs magasins, il portait des lunettes. Si il était passé au monocle. Un peu plus tard, Alimi a déclaré : « les fous ils ont tout perdu, sauf la raison. » Ca m’a fait penser à ce court morceau du Brian Jonestown Massacre qui s’appelle « Too Crazy To Care » et qui souffle dans le désert. Ennio Morriconetown Massacre. Un grand bol d’air tiède et poussiéreux.

Pour revenir à mon histoire initiale, et n’allez pas chercher à comprendre où je veux en venir, les forces de l’ordre attendaient en fait le passage d’un cortège apparemment bien prestigieux. Les uniformes se sont raidis, main à casquette, six motards ont précédé six voitures dont une décorée de petits drapeaux. Notons que ces petits drapeaux sont ridicules. Personne ne prendra au sérieux un protocole impliquant des petits drapeaux sur une voiture. Soyons sérieux.

Hello world!

Bonjour le monde,

Bonjour, bonjour le monde. Je me demandais comment commencer cet article parce que c’est mon premier. J’ai déjà essayé de commencer un blog, ne serait-ce pour me dégourdir les oreilles et les doigts sur un clavier. Je me suis toujours demandé : qu’est-ce que le monde a à foutre de ce que tu peux avoir à dire ? Et aujourd’hui je me réponds, en quelque sorte : probablement rien, mais je le sens bien là. Je le sens bien.

Ca peut être un bon exercice.

J’ai l’impression qu’on commence à écrire un blog quand on apprend une bonne nouvelle, qu’on regarde autour de soi et qu’on ne trouve personne avec qui la partager. C’est assez déstabilisant comme idée. Par exemple là, maintenant, je viens d’écouter un morceau de Kyle Field, le type qui est derrière Little Wings, et ce morceau est une reprise de Silver Jews. J’ai repensé à des choses, à ce qui me liait à tel artiste ou tel autre. A leurs histoires. Des détails qui te mènent quelque part, ou ailleurs.

Voyez-vous, ma mère était abonnée à Télérama. Un jour, en couverture de cet auguste hebdomadaire est pparu un visage rongé par les poils, paupières mi-closes. En-dessous, en jaune : « Devendra Banhart : la révélation ». Ca m’a accroché, j’ai cherché ses morceaux sur LimeWire. C’était l’époque de LimeWire. J’ai d’abord trouvé « Soon Is Good ». Puis, avec l’impatience de la puberté, j’ai cherché qui étaient les amis du barbu. J’ai lu quelque part qu’il avait partagé un appartement aec un certain Kyle Field. Ce coup-ci, LimeWire ne m’a été d’aucune aide. J’ai cherché des albums de Little Wings sur fnac.com, et j’ai trouvé Magic Wand. la pochette était pas très jolie et le prix assez élevé. J’ai commandé le disque, l’ai écouté une fois et l’ai remisé pour quelques années. Je n’ai jamais su si Kyle Field était vraiment le colocataire de Devendra Banhart. Ca fait belle lurette que j’ai décidé que c’était vrai.

Silver Jews, c’est autre chose. C’est une histoire qui explique le nom de ce blog, choisi par dépit et manque d’imagination, et par goût pour les points d’exclamation sans espace autour. Je découvrais Pavement, affalé devant mon premier PC portable. Je me grattais souvent le menton, les oreilles et les testicules en savourant le rock paresseux. J’y voyais une poésie de la glande, sur canapé criard, clope au bec. J’ai mis un peu de temps à faire le lien entre Stephen Malkmus et David Berman, l’illustre barbu de Silver Jews. J’ai écrit un texte pour quelqu’un à ce sujet, ça a plu à plusieurs personnes, et quelques jours plus tard j’étais en train d’interviewer Mr Berman au bord du canal St Martin. Il venait de sortir le dernier album du groupe. Strange Defeat.

Aujourd’hui je suis de l’autre côté de la Méditerranée et j’ouvre le dernier album de Little Wings. J’y vois un titre accrocheur. Je clique. C’est Kyle Field qui reprend Silver Jews. C’est superbe. Je suis dans ce bureau, les gens sont sympas autour de moi, mais je ne peux pas en parler, je ne peux rien dire. Alors je me souviens de tous ces blogs que j’ai créés puis détruits de peur de ne pas pouvoir les remplir ou pire, de mal les remplir. Je me dis que l’occasion est là.

J’ai pas le morceau sous la main. Il est sur Made It Rain, par Little Wings. Par contre je peux vous trouver celle de Silver Jews. Tiens, les images sont sympa.

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