Slack!Slack!

Salut. Ca va ?

Des borgnes et des claviers

Il faut savoir que mon clavier est minuscule. Pas pratique du tout : les doigts chevauchent plusieurs touches, et quand ils ne frappent pas en plein centre de la cible, la lettre ne s’inscrit pas. Comment voulez-vous écrire un chef-d’œuvre dans ces conditions ?

 

Il a donc fallu que j’aille en acheter un, de clavier. J’avais oublié qu’aujourd’hui, on est vendredi et que là où je me trouve, le vendredi, peu de gens travaillent, en tout cas pas les vendeurs de clavier. J’ai donc fait le trajet pour rien. Au bord de la route, les gens restaient à l’arrêt, par petits groupes. Un homme, assis sur une chaise en plein milieu de la chaussée, le nez en sang, entouré de quelques personnes et d’un policier. Ah. D’autres grappes de gens, des policiers à l’arrêt aux carrefours, entre les carrefours, parfois dos à la route.

Moi je marchais en zig zag, évitant de croiser les regards, traversant timidement dans le dos des agents, vérifiant que mes papiers se trouvent bien dans ma poche gauche. Le vendeur de claviers est fermé. Je rebrousse chemin en suffoquant. Il fait gris et lourd aujourd’hui. La tête basse, je rentre vers chez moi, mon domicile Monsieur l’agent, pardon. Je remarque à côté de moi un bonhomme en civil avec une petite oreillette. Je fais bien attention d’attendre le feu rouge pour traverser. C’est un peu con quand même. Il devait s’en foutre le type à l’oreillette.

Peu avant d’arriver j’ai passé la tête par une petite échoppe. Un emballage de clavier poussiéreux était suspendu au plafond. Moyennant l’équivalent de six euros j’ai fait l’acquisition d’un clavier avec des symboles étranges et une touche « * » à la place de la touche « enter ». Un clavier étoilé. Ca me rappelle ce pianiste de la Nouvelle Orléans. James Booker. Grosse coupe afro, borgne, avec une étoile sur l’oeil invalide. Sourire, voix improbable. Deux influences majeures : Chopin et Ray Charles.

Un borgne. Hier, un patron de bar m’a parlé après m’avoir payé un verre. Il s’appelait Alimi, il avait un blouson en jean, des petites lunettes rondes et des cheveux gris rabattus vers l’arrière. Il avait l’air malin. C’était un petit bar rouge sombre, une sorte de terrier de blaireau, avec tout le respect que je lui dois. C’est noble, un blaireau. Le bar est caché derrière une grille de fer forgé pleine de courbe. Derrière,on aperçoit un carrefour infernal bourré de mobylettes et de klaxons. Mais depuis le terrier, on observe la jungle avec indifférence, presque avec amusement. La serveuse s’était mis en tête de passer de la musique latino-américaine, dont « Bamba », vous savez, avec le gros chanteur. Cette chanson est passée au moins trois fois dans la même soirée. Je ne m’explique pas la fascination que la « Bamba » obèse opérait sur la serveuse. J’ai été un peu attristé de penser que je n’étais probablement pas son type. Je me suis demandé si ça vaudrait le coup de devenir gros pour cette jolie fille. Je me pose encore la question.

Le patron m’a demandé quels étaient mes projets de carrière. Je lui ai répondu qu’il était trop tôt et que j’étais trop sobre pour en parler. Il m’a alors pris à partie, s’est rapproché comme pour me confier une histoire secrète. A ne pas répéter. Le pauvre. S’il savait…

« J’ai un cousin qui est aussi un très bon ami, il est dans l’optique. Un costaud. Il devait voyager, alors il m’a donné son chien à garder. Un berger allemand avec deux sacs de croquettes. Depuis, plus de nouvelles. Un jour je suis allé chez lui et j’ai donné une lettre au concierge pour qu’il la donne à mon cousin. Le même jour il m’appelle. Il avait une voix très fatiguée, très malade, tu sais. Il a une paralysie au visage. Il voulait pas me le dire. »

J’ai hoché la tête, essayé de comprendre ce qu’il voulait me dire en me parlant de son opticien paralysé. Je me suis demandé si, comme tous les opticiens dans leurs magasins, il portait des lunettes. Si il était passé au monocle. Un peu plus tard, Alimi a déclaré : « les fous ils ont tout perdu, sauf la raison. » Ca m’a fait penser à ce court morceau du Brian Jonestown Massacre qui s’appelle « Too Crazy To Care » et qui souffle dans le désert. Ennio Morriconetown Massacre. Un grand bol d’air tiède et poussiéreux.

Pour revenir à mon histoire initiale, et n’allez pas chercher à comprendre où je veux en venir, les forces de l’ordre attendaient en fait le passage d’un cortège apparemment bien prestigieux. Les uniformes se sont raidis, main à casquette, six motards ont précédé six voitures dont une décorée de petits drapeaux. Notons que ces petits drapeaux sont ridicules. Personne ne prendra au sérieux un protocole impliquant des petits drapeaux sur une voiture. Soyons sérieux.

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